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« entomologie forensique »

En mourant, on se fait des copains

30 August 2007, posté par Marc

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Chrysomya albiceps. Photo © Medizinische Universität Wien, 2002

Il existe pas mal de techniques pour déterminer le moment où un être humain est passé de l’état de consommateur à celui de macchab. On peut par exemple utiliser la température du corps, laquelle met bien huit à douze heures pour rejoindre celle du climat ambiant (dans les pays tempérés, cela va sans dire, car dans les contrées hospitalières où il fait déjà 37.2°C le matin, une telle égalisation est bien plus rapide).

On peut aussi se baser sur la rigidité cadavérique qui commence par la nuque avant de se répandre dans le corps entier — un corps mettant huit à douze heures pour se transformer en bout de bois (qui, peu après, se ramollit à nouveau sous l’effet de la décomposition).

Il existe encore les lividités cadavériques, à savoir les taches violacées que la peau acquiert sous l’effet du déplacement passif de la masse sanguine dans les coins et recoins de la dépouille…

En fait, le nec plus ultra de la datation d’un passage de vie à trépas, la manière la plus élégante de connaître l’heure d’un rendez-vous avec la Mort demeure l’entomologie médico-légale (en anglais : forensic entomology). Dans les séries télévisées qui nous empêchent de nous coucher avant minuit, cette étape des enquêtes criminelles est souvent passée sous silence. Et pour cause : il ne faudrait pas, précisément, nous empêcher de dormir une fois le poste de télévision éteint.

Cela dit, cette discipline de la police scientifique s’avère sans doute l’une des plus intéressantes. Grosso modo, comment cela marche-t-il ? Une fois la victime découverte, les enquêteurs prélèvent la « faune » se promenant sur le corps et alentour. En fait, pas seulement les bestioles vivantes, mais aussi celles qui, à leur tour, ont passé l’arme à gauche. L’emplacement, le moment et les conditions de prélèvement sont des informations primordiales.

Les petites bêtes qui courent sur leur repas de famille sont dès lors conservées dans de l’alcool (ce qui est l’une des manières les plus nobles de mourir, non ?) ou sont gentiment élevées en couveuse, histoire d’obtenir les mêmes conditions d’humidité et de température que celles dans lesquelles on les a trouvées.

Les stades larvaires, la durée d’incubation des œufs et le moment d’arrivée sur la dépouille sont des éléments qui permettent de retrouver, par croisements statistiques, le délai qui sépare la découverte du corps du moment où son propriétaire s’est absenté d’icelui.

Si je vous décris toutes ces joyeusetés, ce n’est pas que je broie du noir — il y a longtemps que les attentats quotidiens en Irak m’ont insensibilisé —, mais simplement parce qu’un Helvète pas piqué des hannetons (lui !) maintient un site qui ne brille certes pas par son graphisme, mais par son contenu. Claude Wyss (éminent pipomane au demeurant) y présente l’ouvrage qu’il a publié avec Daniel Cherix ainsi que l’expérience acquise durant les dix-sept années où il a assumé, au sein de la police vaudoise, le poste d’inspecteur en charge de la levée des corps. Bref, une riche source d’informations qui ravira tant les amateurs de polars (lecteurs et/ou écrivains) que les amoureux de la vie… sous toutes ses formes.

Le site de Claude Wyss, c’est ici.

Tempus fugit

15 August 2007, posté par Marc

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Photo © The Warehouse, 2007

The Warehouse (comprenez : « L’entrepôt ») est un site fourre-tout dont l’administrateur s’avère, selon tout vraisemblance, à la fois blogueur, médiateur de forum, dessinateur, vendeur de t-shirts, etc. etc. Bref, un p’tit gars sympathique qui rêve de se faire quelques kopeks via le Net — quoi de plus naturel.

Il y a de cela presque une année, The Warehouse lançait une expérience qui, tout en étant d’une grande simplicité, s’apprêtait à dresser les poils sur le cotson de tout amateur de lard grillé et d’œufs aux petit déj’ : il enfermait, dans de petites « tombes » en plastique, un morceau de bacon et un œuf cru. Les deux boîtes, faites en Lexan, un polymère breveté par General Electric, ont été scellées à l’aide d’une colle fine ne laissant pas passer l’oxygène extérieur.

Ce qui est intéressant, dans cette expérience qui ne mange pas de pain, c’est de voir à quel point les aliments que nous ingurgitons peuvent s’autodétruire, et cela sans intervention d’insectes et autres nécrophages bien intentionnés. Remarquez, nous-mêmes — et l’entomologie forensique ne me contredira pas — sommes bien capables de finir rapidement en une bouillie informe, pourvu que notre cœur cesse de s’acharner à nous tenir en vie pour voir la fin de Lost.

Bref, si vous voulez en savoir plus sur cette expérience à deux balles (ou presque), jetez un œil à l’article présentant le démarrage de l’expérience et à celui témoignant du mauvais état des lieux après une année. Bon app’.

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Du lard après deux mois en vase clos. Photo © The Warehouse, 2007

Merci Neatorama


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